Je n’ai absolument aucun talent musical. Je n’ai jamais appris la musique à l’école, je ne joue d’aucun instrument et je chante malheureusement comme une crécelle. Mais j’aime la musique!
Personne n’avait de dons musicaux à la maison ni dans mon entourage, si bien que mon premier vrai contact avec un musicien à l’âge de 16 ans… m’a fait complètement craquer!
Il s’appelait J et il avait les yeux en amandes. Il avait plusieurs cours avec moi, on était copain, sans plus. Mais, en cet automne ’79, on travaillait tous les deux le mardi soir à vendre des cartes de bingo dans le sous-sol de l’église, alors on s’est un peu fréquenté en dehors de l’école, toujours comme copains.
Jusqu’au jour où il m’a invitée chez lui. Je ne sortais vraiment pas souvent, ma mère me contrôlait au maximum, mais cette fois-là, ça a fonctionné.
Comme tu t’en doutes sûrement, J était musicien, il avait une guitare et il a commencé à jouer ce morceau.
Il a peut-être joué autre chose, je ne m’en souviens plus. Je sais juste que c’était la première fois que j’entendais Suite Madam Blue. Pas les paroles, juste la musique. Et je suis tombée sur le cul en même temps que je tombais en amour!
Quelqu’un pouvait me faire sentir comme ça avec une guitare?
Je me souviens de mon choc, de mon trouble, de ma fascination. Pis comme J n’était pas laid, penser que j’en étais amoureuse était quelque part logique pour la fille de 16 ans que j’étais.
Mais ma rêverie d’adolescente n’a pas duré. HaHa!
Quelques semaines plus tard, après un party de vendeurs de cartes de bingo (OMG, j’écris vraiment ça?) en décembre, J m’a raccompagnée à la maison à pied, même si ça lui faisait faire un méchant détour. Il se sentait coupable parce qu’il avait eu la brillante idée d’ajouter de l’alcool à mon verre de punch léger pendant que j’étais en train de danser. Je me suis retrouvée saoule malgré moi – j’ai été vraiment malade à la sortie du sous-sol de l’église – et il se sentait aussi mal qu’inquiet.
Donc, il me tenait par la main en marchant vers chez moi, je reprenais mes esprits tranquillement… Et quand on est arrivés chez nous, en me souhaitant bonne nuit, il m’a embrassée! (Je le sais, je venais de vomir une demi-heure avant… bweirk!)
Mais malade ou pas, je flottais en allant me coucher et pas juste parce que je venais de vivre ma première cuite! Mon joueur de guitare m’avait embrassée!
Je t’ai dit que ça n’a pas duré?
Le lendemain à l’école, il m’a croisée dans le corridor et il m’a donné un papier qui disait quelque chose comme : désolé, j’avais bu, je ne savais pas vraiment ce que je faisais en t’embrassant. Fais-toi pas d’idées, c’était une erreur. Fin de la non-histoire avec J.
Au moins, la découverte de Styx, de Suite Madam Blue en particulier et de la touchante beauté d’un air de musique joué à la guitare était mienne pour toujours.
Ça a pris 9 ans avant que je fréquente un autre joueur de guitare.
C’était un collègue de travail et, jusqu’à ce qu’on sorte ensemble, je ne savais pas qu’il en jouait. On a été ensemble 9 mois et presque chaque dimanche, il sortait sa guitare et on chantait du Lenorman, du Aznavour, du Dassin et bien d’autres. Il chantait plus juste que moi, mais il me laissait fausser avec plaisir!
C’est grâce à lui que je me suis mise à apprécier la musique folk.
J’avais 25 ans, mon répertoire musical s’était heureusement élargi depuis l’époque CJMS, mais j’avais tant de rattrapage à faire de ce côté!
On était en 1989, le folk des années ’60 et ’70 qui m’avait un peu beaucoup échappé n’était pas ce qui tournait le plus à la radio ou ailleurs. Je découvrais par lui le répertoire de Don McLean, Cat Stevens, Carole King, James Taylor, Neil Young, Peter, Paul & Mary et Peter Sarstedt, pour ne nommer que ceux-là.
Quand il m’arrive de repenser à lui comme maintenant, c’est cet aspect de notre relation en particulier qui me vient à l’esprit parce que le plaisir de la musique faisait partie intrinsèque de notre relation.
Je n’ai plus fréquenté de musicien depuis, mais la musique, elle, est restée dans ma vie. J’écoute de tout et la musique, la vieille et la plus récente, fait partie de mon quotidien, j’en ai besoin. C’est donc un aspect important que je recherche chez un amoureux éventuel. S’il n’aime pas la musique ou si mes styles ne lui conviennent pas, c’est assez pour me faire… déchanter!