Je ne sais pas quels dons j’ai pu recevoir à la naissance, mais ce qui est certain, c’est que la Fée de l’orientation n’a pas visité mon berceau. Je ne l’ai pas du tout, c’est comme une malédiction dans ma vie. Je me perds tout le temps!
On aurait pu croire qu’avec l’invention des GPS et leur omniprésence dans nos vies, mon problème se serait réglé avec le temps. Mais non! Je pense que c’est pire, parce que je ne réfléchis plus, je m’attends à me rendre à la bonne place sans effort et je suis toujours surprise quand, irrémédiablement, je me perds.
Je viens de passer deux jours sur la route à récupérer des trucs un peu partout. Hier, ça s’est très bien passé, j’ai fait plus de 260 km sans me tromper! Mais ce matin, je ne me suis pas manquée! Je devais aller chercher un lot à moins de 15 minutes de chez moi. Tu prends le pont, tu prends la première sortie, tu suis le tracé le long du golf et bang, tu es arrivée.
Excepté que non!
Ça m’a pris 40 minutes pour arriver devant mon point de rendez-vous qui m’attendait dehors, housse à la main. Même lui qui habite là m’a dit qu’il a souvent de la difficulté à s’y retrouver. En sortir a aussi été compliqué, si bien que ma sortie de maximum 30 minutes aller-retour a pris 1h15. J’ai mille explications pour ce matin, je pourrais te raconter la signalisation déficiente, les sorties bloquées, les travaux partout, le GPS qui ne savait pas toujours où j’étais à cause des travaux…
Mais, je sais très bien que dans les mêmes circonstances, un bon conducteur qui a le sens de l’orientation aurait coupé le zigonnage assez vite. Alors, oui, le tracé comportait plusieurs défis, mais c’est vraiment moi le problème.
En fait, si je connais le chemin parce que je suis déjà allé quelque part, je n’ai absolument aucun problème à me rendre. Ce sont les nouvelles destinations et les détours qui sont ma mort. Faut que j’aille à St-Clin-Clin? Aucun problème, dans ma tête je me dis que St-Clin-Clin, c’est près de St-Boum-Boum, et je pars. Excepté que St-Clin-Clin n’est pas à côté de St-Boum-Boum, c’est même pas la bonne région administrative des fois!
Comme la première fois que je suis partie de Granby pour me rendre à Trois-Rivières et que je me suis ramassée aux lignes américaines. Je ne te niaise même pas.
Une autre fois, je devais aller chez ma belle-soeur qui habite sur un rang. J’y étais déjà allée souvent, mais ce n’est jamais moi qui conduisais. Je suis passé aller-retour devant ou près de chez elle sans voir l’entrée de son chemin pendant 45 minutes, avant qu’elle envoie son mari à mon secours.
Mais ma pire, pire fois à vie, c’est en 1995, avant les GPS. J’avais passé un weekend sur la côte est américaine et j’avais étiré mon séjour le lundi pour manger une dernière pointe de pizza avant de revenir. La pizza est la principale raison de mes voyages là-bas, plus spécifiquement la pizza de Bill, c’est la meilleure. Pour moi, elle vaut les 6 heures de route! Donc, je voulais manger une dernière pointe avant de prendre la route vers la maison et je me suis dit que je rattraperais le temps perdu en prenant des autoroutes au lieu du chemin plus lent, mais plus beau, que je prenais habituellement.

Je prends l’autoroute et je roule pendant une bonne heure quand finalement je vois une pancarte qui indique que j’approche des sorties… vers le Nouveau-Brunswick. Ouais. Je me suis arrêtée dans une station-service, j’ai acheté une carte routière de la Nouvelle-Angleterre, j’ai fini par trouver où j’étais… et j’étais vraiment loin et vraiment pas dans le bon sens pantoute. J’avais le choix : revenir sur mes pas (1 heure de route) et prendre la bonne autoroute ou trouver un autre chemin.
Comme j’étais partie tard et que j’étais donc déjà en retard sur mon horaire, c’est ce que j’ai fait. En me fiant à la carte routière, j’ai enfilé une série de rangs, routes et chemins pour couper à travers les terres et me ramener vers le Québec.
Comme c’était assurément ma journée chanceuse, j’ai suivi une plateforme qui déménageait UNE MAISON sur environ 15 kilomètres, à genre 15 km à l’heure… sans jamais pouvoir faire autre chose que suivre la maison comme toutes les autres autos derrière moi sur cette route de campagne. J’ai tellement ri seule dans ma voiture, ce jour-là. J’avais vraiment conscience que j’avais frappé le fond du baril en matière de conduite automobile, et que je me souviendrais de ce voyage toute ma vie.
Je sais que je me perds à rien, que je n’écoute pas toujours le GPS, que le GPS n’a pas toujours raison, que je passe tout droit chaque fois que je pars dans une grosse conversation avec un passager et je dois faire demi-tour, mais je persiste. Je continue de conduire comme si de rien n’était, comme si je n’étais pas constamment en retard parce que je me perds tout le temps ou que je calcule mal le temps qu’il faut pour se rendre du point A au point B. Parce qu’il le faut bien!
Pis ça fait des bonnes anecdotes.