Ce n’est pas d’hier que le rhum, le plus vieux spiritueux au monde, est des plus appréciés, mais après avoir subi une baisse de popularité, voilà que les consommateurs le redécouvrent avec plaisir.
Une tendance que Philippe Hanan, le propriétaire de La Distillerie, un bar spécialisé en spiritueux, a été à même de remarquer. « Les gens établissent des parallèles positifs entre le rhum blanc qui est très léger en goût et la vodka qui a eu un grand succès au cours des dernières années. On remarque une plus grande demande qu’avant pour les consommations à base de rhum. »
On dit du rhum qu’il doit être bu avec modération, car il enivre rapidement! Une réputation acquise à la dure il y a 300 ans, dans les colonies. En ce temps-là, le rhum était connu pour ses « vertus médicinales », tellement qu’on obligeait les marins de l’époque d’en boire pour se garder en santé! Une mesure qui est devenue si populaire – on s’en doute! – qu’on a dû inventer le grog (rhum allongé d’eau) pour faire diminuer les problèmes d’alcool à bord de ces mêmes navires!
Quelques rares initiés heureux dégustent leur rhum sec ou sur glace comme un cognac qui a bien vieilli, en prenant leur temps et en savourant chaque effluve, chaque gorgée. Mais la très grande majorité le consomme surtout en cocktail. Bien sûr, il y a toujours les traditionnels Cuba libre, Daiquiri et Pina Colada – après tout, les Québécois ont adopté le sud et ses boissons! -, mais aussi les Mojito, Acapulco, Ti’ Ponch et Zombie. « La liste est vraiment beaucoup plus longue, au moins 250 je dirais, dit M. Hanan, mais ce que je préfère, c’est décider à la dernière minute quels mélanges je vais faire. J’aime m’adapter selon celui qui le commande. »

Le rhum représentait 15,6% des ventes totales de spiritueux au Canada en 2018-2019 – La Presse, 13 mai 2020
Philippe Hanan a accepté de nous révéler un des ingrédients qui ont fait sa réputation : « Le secret? C’est de détecter la saveur déterminante du rhum que l’on utilise et de jouer avec cette saveur. Par exemple, j’aime bien marier un Baccardi de 8 ans d’âge, dont le goût est très vanillé, avec du Galliano, une liqueur de vanille et d’anis. On vient ici accentuer la saveur de vanille et ça donne des résultats surprenants! Ajoutez à cela du jus de citron et de la glace et servez le tout dans un verre à Martini et vous avez un cocktail divin! »
Les amateurs de rhum doivent faire un détour par Le Plateau-Mont-Royal où est situé le Barraca (la Baraque), une rhumerie légendaire mixée à un bar très actuel, avec une touche d’exotisme. Une idée qui s’est imposée d’elle-même selon son propriétaire, François Forest« Il existe plein de bars à whisky et personne ou presque n’est jamais allé en Écosse, alors que presque tout le monde est déjà allé dans le Sud… Une rhumerie, c’est ramener les vacances chez nous… » Au Barraca, on propose des dizaines de variétés de rhum, c’est une expérience de découvertes fabuleuses.
En 2018, le rhum représentait près de 50 % des ventes de spiritueux faites à Terre-Neuve-et-Labrador, un record au Canada.

Mais là comme ailleurs, le cocktail de loin le plus demandé ces dernières années? Le très cubain Mojito (mojadito qui veut dire humide et mojo qui désigne une sauce culinaire cubaine) qui consiste en un rafraîchissant mélange de rhum (cubain bien sûr!), de lime, de sucre, de menthe fraiche, de glace et d’eau gazeuse.
Un truc pour améliorer le goût d’un rhum? Faites-y macérer, pendant au moins huit semaines, deux gousses de vanille ouvertes et deux ou trois bâtons de cannelle, ce qui lui donnera un parfum exquis. On appelle ce type de cocktail un rhum arrangé.
C’est quoi un bon rhum?
Ce qui fait la valeur d’un rhum? Le temps bien sûr, mais surtout la méthode de fabrication : le Rhum industriel qui est tiré de la distillation du sirop de canne ou de la mélasse est le plus répandu et le moins cher et c’est pourquoi on l’utilise surtout dans les punchs et la cuisine.
Le Rhum agricole qui est obtenu par distillation du pur jus de canne fermenté ne représente qu’une petite partie de la production mondiale. C’est celui qui est recherché par les vrais amateurs qui ont envie de le déguster pur.
- Le rhum blanc est le rhum jeune, moins de 6 mois, qui vient d’être distillé (entre 50° et 62°).
- Le rhum paille est un rhum jeune qui a vieilli 6 mois en fûts de chêne (autour de 50°).
- Le rhum ambré est un rhum vieux de 1 à 3 ans selon les marques (entre 40° et 48°).
- Le vieux est un rhum agricole de plus de 3 ans d’âge (entre 40° et 48°).
- Le hors d’âge a vieilli plus de 10 ans dans les fûts (autour de 45°) et se compare avantageusement aux vieux cognacs et armagnacs.

La Martinique est le seul producteur à offrir, depuis 1996, du rhum d’appellation d’origine contrôlée (AOC), le rhum agricole AOC Martinique.